Mensonges et manipulations du traité transatlantique

Revenons sur le traité transatlantique de libre échange (TAFTA), une abomination qu’on a déjà eu l’occasion d’aborder. Il y a selon moi deux choses essentielles à retenir: d’une part, ce traité est le fruit d’un long travail de lobbying par les multinationales et autres lobbys patronaux, et d’autre part il permettra à n’importe quelle entreprise de traîner des Etats en justice à la moindre « entrave au commerce ». Avec bien-sûr, d’énormes compensations financières à la clé.

Alors que nos impôts financent des spots de propagande destinés à nous faire voter pour un parlement qui n’est qu’une chambre d’enregistrement des délires ultra libéraux, il est temps de rappeler ce qui nous attend avec le traité transatlantique, un machin imposé contre l’avis des peuples, de manière aussi malhonnête qu’efficace.

Pourtant, c’est le plus gros accord commercial existant, qui concerne la moitié du PIB mondial et 40% des échanges mondiaux.

Pourquoi nous pousser à voter pour ce parlement qui ne sert à rien, alors qu’on veut nous imposer un texte inique, qui coupera l’herbe sous le pied à TOUTE initiative citoyenne ou nationale dès lors qu’elle nuira aux intérêts du commerce, des « investisseurs » comme on dit.

Ce traité ne sort pas de nulle part, comme on essaie de nous le faire croire avec tous les textes européens depuis le plan Marshall en 1948. Si ce texte est en passe de se concrétiser, c’est parce que beaucoup de monde a un intérêt financier à ce que les choses se passent ainsi. C’est parce que ces intérêts ont mené une campagne de propagande, d’espionnage et très probablement de corruption pour qu’on en arrive là.

En 1992 déjà, quelques lobbys ont la brillante idée de réunir des députés européens et US pour discuter gentiment au sein du Transatlantic Policy Network, financé par des multinationales afin de « définir les relations transatlantiques dans l’après guerre froide, en promouvant le partenariat le plus étroit possible entre les gouvernements et les peuples de l’Union européenne et des Etats-Unis ». On reconnaît bien là le langage aussi abscons que lyrique de tous les discours européens depuis 70 ans. On comprend bien que les « relations » doivent être « renforcées », et cela dans les domaines de la politique, de la sécurité et de la défense, du commerce et de l’économie en général.

En 1994, nouveau rapport. Intitulé « vers un partenariat transatlantique, une stratégie européenne », il a été rédigé sous la direction d’un ancien premier ministre belge, Léo Tindemans, d’Enrique Baron Crespo, ex président du parlement européen, et de Jean Gandois, PDG de Péchiney.

Ledit rapport était « le produit de consultations et de coopération entre hommes d’affaires, politiques et experts au tavers du Transatlantic Policy Network », et réclamait instamment qu’on abolisse toutes les entraves à la libéralisation complète du commerce entre les US et l’Europe. Les rédacteurs ont pris soin de remercier l’Institut Aspen, le Centre for European Policy Studies, l’European Round Table of Industrialists, l’European Institute, la Chambre de commerce Euro US, l’Institut Français des Relations Internationales (très proche du Bilderberg) ou encore l’UNICE (patronat européen) pour leur « coopération ». Pas un syndicat n’est mentionné, par une ONG, pas une association citoyenne ou de consommateurs.

L’année suivante, en 1995, Clinton et le président de la commission européenne Santer (qui a du démissionner suite à une affaire de corruption) mettent en place le « Nouvel Agenda Transatlantique », destiné à coordonner les politiques US et Européenne et à fixer des objectifs communs afin de favoriser le commerce et la sécurité communes. C’était le cadre politique de ladite coopération. En 1998, pendant le sommet de Londres, on avait ensuite mis en place le Transatlantic Economic Partnership, pour accorder les violons entre les Etats-Unis et l’Europe en matière de commerce et d’investissement et mener des « actions multilatérales » et bilatérales. C’était l’application concrète de la « coopération ». A vrai dire, une fusion.

En 1998, c’est l’Intitative Economique UE-USA qui est mise en place, pour « améliorer progressivement les relations euro-américaines » en donnant la priorité aux marchés de capitaux et à la « propriété intellectuelle ». Deux ans plus tard, on nous sort l’accord cadre sur le nouveau partenariat économique, visant à « réduire les obstacles bureaucratiques et à tendre à l’harmonisation des normes ».

On a aussi le Transatlantic Legislators Dialogue, dont les racines remontent aux premières visites de délégations US en Europe, dans les années 70. Le but affiché est assez flou : renforcer le dialogue entre les représentants des Parlements US et Européen. Derrière, il y a l’idée de favoriser les mêmes lois des deux côtés, sachant que les lobbies sont présents dès l’origine d’un grand nombre de textes législatifs.

Dedans, on trouve comme membres côté français Benoît Hamon, vice président de la délégation des relations avec les Etats-Unis, ou Jean-Marie Cavada. Au meeting annuel de 2009, on a parlé de la « paix au Moyen-Orient » qui nécessite « la fin des attaques contre Israël », de la guerre en Afghanistan, de l’Irak, des Balkans, du climat et de la question énergétique, de la crise, des libertés civiles et de la justice, du commerce international, du développement du Transatlantic Economic Council.

En 2002, le Transatlantic Policy Network lancait un forum de discussion autour de petits fours, entre entre les autorités US et européennes, afin d’égaliser les législations en matière de marchés financiers des deux côtés de l’Atlantique. C’est le « Financial Markets Regulatoty Dialogue« .

Pour y parvenir, on recommandait déjà en 2003 d’ouvrir davantage le marché transatlantique, et d’insister auprès du public sur l’interpénétration des marchés US et Européens.

Le président honoraire du Transatlantic Policy Network depuis le début est l’irlandais Peter Sutherland, président de Goldman Sachs International en 1995, de BP depuis 1997, directeur de l’OMC quand on a transformé le GATT en OMC en 1993-1995, ex commissaire européen à la Concurrence dès 1985, président pour l’Europe de la commission trilatérale, pilier du Bilderberg dans les années 1990 et 2000, et également ex président de l’European Round Table of Indutrialists, qui est le lobby des 40 ou 50 plus grosses multinationales européennes.

Le Transatlantic Policy Network réclamait déjà en 2003 qu’on intègre les marchés en matière de services financiers et de marchés de capitaux, d’aviation civile, d’économie numérique et d’autres encore pour 2015, donc l’année prochaine. Et on dirait que pour le coup, la réalité devance leurs espérances puisque TOUS les secteurs d’activité seront concernés, « libéralisés », c’est-à-dire répondant à la loi du plus fort. Parmi les rédacteurs de ce texte, on retrouve des types du Center for Strategic and International Studies, une espèce de think tank très lié à la CIA et aux faucons US.

Il y a encore le Groupe de travail de haut niveau USA – Europe sur l’emploi et la croissance, créé en 2011 pour accroître le commerce et le flux des investissements entre l’Union européenne et les États-Unis. Et devinez quelles sont les conclusions de ce groupe de travail ? Que l’accord de libre échange garantira croissance et prospérité… On pourrait parler aussi du forum de haut niveau sur la coopération réglementaire USA-Europe, qui dit exactement la même chose que les groupuscules précités…

Tout cela est doublé par le lobby des multinationales, dans l’European American Business Council créé en 2008 pour l’anniversaire du Plan Marshall, et qui représente 72 multinationales, dont on retrouve la plupart dans d’autres groupuscules éco-atlantistes. Le but, encore une fois, est d’aligner la réglementation européenne sur les lois US.

En 2007, c’est le « Conseil économique transatlantique » qui a été mis sur pied. RFI nous expliquait le but de ce énimème machin : accélérer et

« harmoniser les réglementations et les normes, de l’industrie automobile ou pharmaceutique par exemple, de la propriété intellectuelle ou des marchés publics, pour favoriser les investissements et les échanges entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Cette nouvelle institution, dont le co-président européen sera le vice-président de la Commission, Günter Verheugen, dirigera le travail pendant la période entre les sommets annuels, en vue d’une meilleure intégration économique entre les deux rives de l’Atlantique ».

Avec comme ultime objectif : « un marché transatlantique libre d’entraves à l’horizon 2015″. Nous y voilà : d’ici 1 an cette horreur sera une réalité, quoi qu’en disent les populations.

Précisons encore qu’on a déjà essayé de nous imposer dans les années 90 ce délire qui donne tous les droits aux « investisseurs » : c’était l’AMI, l’accord multilatéral sur l’investissement, qui comportait

« des normes élevées de libéralisation et de protection de l’investissement et des procédures efficaces de règlements des différends », via une uniformisation du droit lié aux investissements et la mise en place d’un « arbitrage international ».

De l’aveu même de l’OCDE, l’AMI « vise aussi à empêcher que l’on revienne sur les acquis du vaste mouvement de libéralisation des investissements (…) et à démanteler les mesures discriminatoires à l’égard des investisseurs étrangers qui existent encore. ». Il s’agit donc d’assurer aux investisseurs un « accès optimal aux marchés » ainsi qu’une « sécurité juridique optimale » c’est-à-dire une protection juridique totale desdits investissements, notamment en assurant le « libre transfert des bénéfices, des dividendes et autres produits de l’investissement ».

Les entreprises pouvaient donc poursuivre des Etats si elle s’estimaient lésées au regard de l’AMI et des autres principes libre échangistes déjà validés, et obtenir des dédommagements. De plus, tout, y compris les services et les ressources naturelles, est libéralisé. Voilà pour les grands principes. Heureusement, les citoyens ont su se mobiliser et ce machin n’est pas passé.

A l’époque déjà, l’AMI avait été négocié en secret, dans le dos des peuples. Dès que le contenu de ces accords a été dévoilé, la mobilisation s’est mise en place.

Revoilà le machin par la fenêtre.

Comme par hasard, de réunions en rapports, de rapports en déclarations d’intentions, les vendus qui sont censés nous représenter à Bruxelles ont fini par avaliser l’intégralité de ce délire. Cela, au nom de la croissance, de la compétitivité etc.

Pour nous amener où exactement ?

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Mots-clés : , Etats-Unis, europe
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