Le Nouvel Ordre Mondial est un concept géopolitique de l’immédiat après-guerre froide. L’expression désigne alors l’alignement idéologique et politique des gouvernements et organismes mondiaux vers une certaine unipolarité, incarnée par les États-Unis et l’occident.

Depuis lors, elle est réemployée dans d’autres contextes où il est diversement question de consolider une gouvernance mondiale (en matière financière ou environnementale, par exemple). Étant donnés l’échelle envisagée et la complexité des problématiques, cela pose la question de la démocratie compte tenu de l’éloignement géographique des dirigeants et de la technicité des sujets.

L’usage de la désinformation en démocratie sépare encore plus les dirigeants des dirigés et suscite parfois une méfiance généralisée à l’égard des dirigeants. Plusieurs théories utilisent ainsi la formule « nouvel ordre mondial », parfois mentionné par son acronyme NOM (NWO, New World Order en anglais). Elle désigne la prise de contrôle de l’économie mondiale par les élites » illuminati, sociétés secrètes « , notamment de la finance. Les théories les plus alarmistes prédisent la mise en place de régimes totalitaires dans les pays démocratiques. Certaines théories donnent un rôle prépondérant à la franc-maçonnerie.

PREMIER USAGE

The New World Order (« Le Nouvel Ordre Mondial » en français) est le titre d’un livre du romancier et journaliste H. G. Wells (1866 – 1946) publié en 1940 qui traite de l’établissement d’un gouvernement mondial unique. Son livre est en grande partie consacré à répondre au manifeste que Clarence Streit a publié en 1939 et intitulé Union Now dans lequel Streit appelle à la fondation immédiate d’un gouvernement mondial unique (one world government) à la suite de l’échec de la Société des Nations.

PREMIER DISCOURS

Utilisée pour la première fois lors d’un discours prononcé au Congrès des États-Unis le 11 septembre 1990 par le président George H. W. Bush, puis devant les caméras, l’expression « nouvel ordre mondial » s’inscrit dans la lignée des formules exprimant l’idée de nouveauté dans la diplomatie américaine, après la « nouvelle donne » de 1932 et la « nouvelle frontière » de 1960.

Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment exceptionnel et extraordinaire. La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, notre cinquième objectif, un nouvel ordre mondial, peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix.

Discours du président américain George H. W. Bush au Congrès le 11 septembre 1990

Dans les relations internationales des années 1990 et 2000, les tenants de la thèse de l’« empire global » considèrent que l’emploi de cette expression par les politiques témoigne d’une volonté d’expansion de tout ce qui définissait schématiquement le modèle américain pendant la guerre froide : la démocratie et l’économie de marché. L’expression est reprise par certains altermondialistes et anticapitalistes pour dénoncer la mondialisation économique, qui serait dominée par la « pensée unique » libérale. À l’inverse, des politiciens américains comme Lawrence Patton McDonald pensent que le nouvel ordre mondial serait une fusion entre capitalisme et socialisme.

THÉORIE DE L’EMPIRE GLOBAL

Les tenants de la « théorie de l’empire global » considèrent les événements politico-économiques internationaux survenus depuis 1989 comme témoins de la transition de l’humanité vers un « empire global », qui dans un premier temps correspondrait à un ordre mondial polarisé autour d’une seule puissance : les États-Unis. Cette théorie est soutenue par le philosophe Francis Fukuyama et des plans géostratégiques ont été développés dans ce sens par le politologue Zbigniew Brzeziński, conseiller à la sécurité nationale du président américain Jimmy Carter.

Pour maintenir leur hégémonie et devancer la prééminence de rivaux comme la Chine, la Russie ou le Japon, Brzezinski estime que les États-Unis devront s’allier avec l’Europe pour dominer l’Eurasie en cooptant ou en contrôlant ses élites. Pour cela, les États-Unis ont besoin d’un partenaire européen, mais comme l’Europe est trop divisée, Brzezinski est partisan d’une coopération étroite entre les trois pays d’envergure mondiale d’Europe : le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. La suprématie sur l’Eurasie est stratégique parce qu’elle contient les 3/4 des ressources naturelles en matière d’énergie et représente 60 % du PIB mondial et le contrôle de l’Asie centrale est un des principaux objectifs. Par ailleurs, il explique qu’il n’est pas possible d’arriver à un consensus international, sauf dans le cas de la « perception d’une menace extérieure directe et massive ».

THÉORIE DU COMPLOT

Il existe plusieurs théories « dite complot » utilisant la formule « nouvel ordre mondial » (qu’elles désignent par l’acronyme NWO, ou NOM en français). Elles dénoncent un projet de domination planétaire, à travers des institutions prétendument démocratiques, des institutions non gouvernementales ou bien des régimes totalitaires. En ce sens, le « nouvel ordre mondial » se rapproche du livre 1984 de George Orwell ou du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

En 1958, Aldous Huxley publie « Retour au meilleur des mondes » (Brave New World Revisited) un essai dans lequel il effectue un rapprochement entre l’évolution du monde et l’univers du Meilleur des Mondes. Aldous Huxley ne donne aucune explication conspirationniste sur cette évolution, mais ses origines et sa famille en font un observateur privilégié des courants de pensées des élites anglaises, notamment en ce qui concerne le darwinisme social et l’eugénisme.

Toujours en 1958, l’industriel américain Robert W. Welch, Jr. fonde la John Birch Society (JBS), un groupement politique anticommuniste, chrétien et patriotique. Lors du discours d’inauguration de la JBS, Robert W. Welch expose le complot qui menacerait selon lui les États-Unis mené par un groupe secret et visant à établir une hégémonie mondiale via la passation progressive de la souveraineté des nations à des organisation internationales. Il fait campagne en 1959, pour obtenir le retrait des États-Unis de l’Organisation des Nations unies, qu’il accuse de vouloir instaurer un gouvernement mondial.

En 1971 Robert W. Welch exposera dans un discours l’idée que les communistes ne se trouveraient pas au sommet de la conspiration mais qu’ils ne représentent qu’une de ses branches. Il baptisera les maîtres supposés de cette conspiration « The insiders » (les infiltrés) et les reliera directement aux illuminati de Bavière du xviiie siècle.

Selon l’historien Carroll Quigley, les élites du capitalisme financier, qu’il situe dans la période de 1850 à 1932, avaient comme ambition de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. Selon Quigley, le pouvoir est ensuite passé des banquiers aux technocrates et aux groupes de pression, faisant usage de la propagande. Son analyse date de 1966, et depuis, un mouvement de dérégulation en faveur de la finance s’est développé, ayant abouti à la crise financière d’après 2007. La dette privée a été transformée en dette publique, et cette dernière est utilisée comme argument pour mener des plans d’austérité.

En 1971, Gary Allen publie un livre intitulé None dare call it a conspiracy (« Que personne n’ose appeler cela un complot ») reprenant les thèses de Welch et Quigley et faisant le lien avec la politique de l’administration Nixon (entre autres la réforme du système éducatif).

Selon ces théories, donnant beaucoup d’importance au groupe des Illuminati, il s’agit d’une conspiration pluri-séculaire, visant à la domination du monde et réalisant ses plans de manière progressive à travers l’histoire. Les événements du monde seraient ainsi orchestrés par un groupe d’individus agissant dans l’ombre, porteurs d’un projet totalitaire de longue date. Des groupes réels, sociétés secrètes ou du monde des affaires, sont désignés comme étant le « cerveau » derrière ce vaste projet secret de contrôle du monde sous une doctrine luciférienne: les organisations et fondations élitistes internationales telles que le Council on Foreign Relations(CFR), la Commission Trilatérale, le groupe Bilderberg, le Club de Rome, la Fondation Ditchley ou bien des groupes fermés comme les francs-maçonsSkull and BonesBohemian ClubOrdo Templi Orientis, etc.

Les théoriciens du « nouvel ordre mondial » interprètent plusieurs événements comme les signes fragmentaires d’un plan global.

Ainsi John Maynard Keynes, principal représentant du Commonwealth lors des discussions autour de la création du système de Bretton Woods, a insisté pour la création d’une Banque de règlement internationale. Une telle banque aurait eu la prérogative d’émettre une monnaie internationale appelée le « bancor », ainsi que de financer une autorité de gouvernance supranationale. Si sa démarche n’a pas eu de succès, l’équivalent d’une monnaie internationale, les droits de tirage spéciaux, fut finalement créé par le Fonds monétaire international (FMI) en 1969. Cela pose la question du rapport entre la création monétaire et la démocratie.

Un rapport de la Commission Trilatérale de 1975, intitulé The Crisis of Democracy, est souvent évoqué par les théoriciens du NOM pour dénoncer une dérive dictatoriale des gouvernements occidentaux. Selon ce rapport, le sentiment d’aliénation des citoyens ainsi que l’action des intellectuels menacent la gouvernance dans ces pays, qui nécessiteraient « un recours à la manipulation, au compromis et même à la coercition pour arriver à une décision ».

David Rockefeller dans son livre Mémoires, a écrit que lui-même et sa famille ont travaillé contre l’intérêt des États-Unis. Il aurait d’autre part affirmé que le but était de construire une souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux. Ces propos sont vus comme l’aveu d’une conspiration mondiale pour la mise en coupe réglée du monde par le pouvoir financier.

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